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4 novembre 2009

Pierre Janet: analogies

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Les Névroses Paris, Flamarion, 1909

Page 19. La réflexion simultanée

Quand les idées fixes deviennent ainsi incomplètes, il se produit souvent un phénomène remarquable, difficile à expliquer au point de vue clinique.  Les idées ne remplissent pas l’esprit tout entier comme dans les cas précédents, d’autre pensées étrangères à l’idée fixe peuvent se développer chez le sujet en même temps ou en apparence simultanément et le sujet quoique en proie à son idée fixe peut continuer à parler d’autre chose.  Mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que ce sujet qui s’exprime ainsi semble ignorer le délire qui se développe au dedans de lui-même ou n’en connaître que quelques fragments.  Non seulement il semble oublier son idée fixe après son développement mais il semble l’ignorer pendant le développement même.

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Sans doute, l’interprétation de cette inconscience présente beaucoup de difficultés : on peut se demander, en particulier, si la seconde série de pensées, qui constitue le rêve est, elle aussi, accompagnée d’une certaine sorte de conscience, si les deux séries de phénomènes psychologiques sont bien simultanées. Peu importe ici, l’essentiel c’est que le système de pensées qui constitue la personne, la conscience personnelle, semble être plus ou moins séparé cet autre système de pensées qui constitue l’idée fixe.

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Quand ces symptômes ont duré en s’aggravant, la moindre occasion, un effort pour faire un acte quelconque, un effort d’attention, ou une  petite émotion vont déterminer le début d’autres phénomènes : la malade, très agitée et angoissée, va avoir une crise de rumination mentale et s’interroger indéfiniment sur la naissance de son enfant : « La petite tache qu’il porte au derrière est-elle la preuve qu’il soit de son mari? Peut-on concevoir des enfants sans avoir eu d’amant? etc. »  Ou bien, si la malade veut se débarrasser de ces questions obsédantes, elle va avoir de l’agitation motrice et entrer dans de véritables crises d’excitation.

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.  En un mot, dans ce qu’on appelle suggestion, l’idée se développe complètement jusqu’à se transformer en acte, en perception et en sentiment mais elle semble se développer par elle-même, isolément, sans participation ni de la volonté, ni de la conscience personnelle du sujet.

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.  L’attention, qui est chez eux très faible, serait parfaitement incapable de ce tour de force et d’ailleurs le sujet ne fait aucun effort de concentration au moment où il a l’air si absorbé l’ensemble de la personne, de même ici les idées sont supprimées mécaniquement par le simple fait que la conscience se porte sur un autre point sans aucun travail spécial pour amener ce résultat.

Nous venons de voir que ce phénomène a des caractères analogues à ceux de la suggestion.  Peut-on dire qu’il se confond avec elle, en est-il simplement une conséquence?  En fait cela n’est pas, car on leur a guère suggéré un phénomène semblable que l’on connaît peu et que les sujets eux-mêmes n’ont pas remarqué.  D’autre part, on ne comprendrait pas bien que la suggestion, qui est précisément le développement d’une idée, expliquât cette distraction qui est l’indifférence à une foule de faits.  Enfin la suggestion même me paraît dépendre de cette disposition mentale : elle en serait bien plus souvent l’effet que la cause.  C’est précisément parce que les sujets ont tout oublié en dehors de l’idée suggérée, parce qu’ils ne sont plus retenus par aucune perception, aucune pensée relative à la réalité environnante qu’ils laissent se développer si librement ces idées qu’on leur a mises en tête.  La suggestivité et la distractivité ne me paraissent pas se produire l’une l’autre, elles sont deux stigmates parallèles qui ne peuvent pas exister l’un sans l’autre

 

Page 296 la temporalité

.  Il y a, à mon avis, une fonction du réel qui consiste dans l’appréhension de la réalité par la perception ou par l’action qui modifie considérablement toutes les autres opérations suivant qu’elle doit s’y ajouter ou qu’elle ne s’y ajoute pas.

Quelle que soit la solution donnée à ce problème, dans l’étude de la psychologique normale, il me semble incontestable que, dans la plupart des symptômes psychasténiques, on peut observer des troubles de cette fonction du réel.

 

Pierre Janet, La médecine psychologique. Paris, Flammarion, 1923

Page 79 la suggestion de Janet (la réflexion simultanée et conditionnée)

Les actes ne sont pas non plus d’accord avec les sentiments per­sonnels du sujet : il est singulier de voir un individu accepter rapidement et affirmer avec conviction des choses qui sont en opposition avec le caractère, les goûts, les croyances que nous lui connaissions auparavant ; il est lui-même étonné de ce qu’il vient de faire et il ne peut croire qu’il soit en train d’accomplir ce qu’il refusait l’ins­tant précédent. Enfin quand l’acte suggéré est terminé on observe souvent un fait que Beaunis a bien décrit l’un des premiers, c’est l’oubli de la suggestion et de son exécu­tion. Ce sont ces observations qui m’avaient conduit à cette conception générale : « La suggestion est une réaction particulière à certaines perceptions, cette réaction consiste dans l’activation plus ou moins complète de la tendance évoquée, sans que cette activation soit complétée par la collaboration du reste de la personnalité. »

Page 116 idem

Cette répétition indéfinie de l’action émotionnante déjà coûteuse par elle-même augmente la dépense dans des proportions énormes et détermine un épuisement de plus en plus grand. Sous l’influence de cet épuisement l’acte qui était déjà insuffisant et maladroit dès le début devient inadapté et même anormal : il se dégrade et prend une forme plus basse dans la hiérarchie des actes. Il perd les caractères qui apparte­naient au niveau de l’activité réfléchie, il n’est plus coordonné avec les autres actions, il ne fait plus partie de ce récit de notre vie que nous construisons incessamment dans la mémoire, il n’est plus correctement assimilé à notre personnalité. En un mot il prend peu à peu ces aspects étranges d’acte automatique, inspiré par quelque puis­sance occulte, d’acte irréel, accompli en rêve, ou d’acte subconscient. On observe tous les intermédiaires entre l’acte simplement émotionnant qui se répète consciemment dans l’accrochage et l’acte véritablement subconscient qui continue indéfiniment à l’insu de la conscience et de la mémoire.

Page 121 idem

Ses idées obsédantes qui sont « comme des vrilles dans la tête », ses répétitions, les pactes qu’il s’impose, ses doutes, ses interrogations, ses efforts désespérés autant qu’inutiles entretiennent et augmentent sans cesse son épuisement.

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. Il me semble que la subconscience ne mérite pas un tel honneur et il suffit, je crois. d’une précaution pour la maintenir dans son rôle. Un phénomène psychologique, qui est toujours en réalité une certaine conduite du sujet, doit toujours pouvoir être constaté par l’observateur.

Page 163 l’observation de la réflexion conditionnée

Si on ne s’entête pas à ramener tous les malades à un même type et à expliquer toutes les faiblesses par des réminiscences traumatiques on se trouvera en face d’épuisements psychologiques dont les causes sont différentes. Bien des malades sont épuisés, non par le souvenir d’une aventure ancienne, mais par les difficultés de la vie actuelle qui est trop compliquée pour leur puissance psychologique et qui présente à chaque instant trop d’obstacles auxquels ils « s’accrochent ».

Le premier point de leur traitement consiste à supprimer les efforts perpétuels, déterminés par ces accrochages, il faut « désaccrocher » les malades, c’est-à-dire solutionner autant que possible les situations complexes dans lesquelles ils se trouvent et dans lesquelles ils s’empêtrent.

Page 180 une cause, plusieurs symptômes

On est disposé à croire que les maladies mentales constituent des calamités terribles absolument irrémédiables qui frappent certains individus d’une manière très nette et définitive mais heureusement exceptionnelle. Le public conserve sur ce point des idées analogues à celle qu’il avait autrefois à propos de la tuberculose qui n’était connue que sous la forme de phtisie terrible mais exceptionnelle. On a fini par com­prendre qu’il y avait des tuberculoses légères, curables, mais énormément répandues. Il en sera de même pour les troubles mentaux : on reconnaîtra que sous des formes diverses, plus ou moins atténuées, ils existent aujourd’hui de tous les côtés chez une foule d’individus que l’on n’a pas l’habitude de considérer comme des malades. On arrivera de plus en plus à comprendre que les types de maladies mentales que nous distinguons comme de véritables folies ne sont que des degrés différents d’un trouble qui a subi toutes sortes d’évolutions et dont le premier germe se trouvait dans les troubles du caractère.

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