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6 mars 2009

2° Processus psychologique à l’origine de la culture scripturale

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Deuxième chapitre (le péché originel)

2° Processus psychologique à l’origine de la culture scripturale

2.1 Information à l’origine de la modification de la pensée

2.2 1ère modification psychologique

2.3 2ème modification psychologique

2.4 Conclusion

Freud, S. (1926) : Le malaise dans la culture, Œuvres complètes, Presses universitaires de France (1999) Vol. XVIII, p. 309

« Et c’est pourquoi le développement de la culture doit être, sans plus de détours, qualifié de combat vital de l’espèce humaine. Vraisemblablement, pour être plus précis : tel qu’il a dû prendre forme à partir d’un certain évènement qui reste encore à deviner. »

Ahijado Quintillan, M. Osuna Guerrero, R.(1996) : Lecciones de introduccion a la microeconomia para administracion y direcccion de empresas, (ADE), Ediciones Academicas, S.A. (EDIASA), page 37

« Antes de los asentamientos que se produjeron en el periodo Neolitico, cuando los individuos vivían en tribus nómadas y se dedicaban a la recolección de los frutos salvajes y la caza, no había propiamente economía o problema económico- ni ciertamente Economía-, ya que prácticamente todos los bienes eran libres o gratuitos, dado que se obtenían a un coste prácticamente nulo (Hicks, J. 1.970 : A Theory of Economic History, Oxford University Press. Existe traducción castellana en Ariel). Una cuestión interesante que no respondemos aquí es por qué se produjo aquel cambio de cultura. » 2

2 Ahijado, M. Osuna Guerrero, R. (1996) « Avant la sédentarisation du Néolithique, quand les individus vivaient dans des tribus nomades et qu’ils se consacraient à la récolte des fruits sauvages et à la chasse, il n’y avait pas à proprement parlé d’économie ou de problèmes économiques – ni à fortiori d’Économie -, puisque pratiquement tous les biens étaient libres ou gratuits, puisqu’ils étaient obtenus à un coût pratiquement nul. (Hicks, J. 1970: A Theory of Economic History, Oxford University Press. (Il existe une traduction en castillan par Ariel) Une question intéressante à laquelle nous ne répondons pas ici c’est pourquoi se produit ce changement de culture.»

2.1 Information à l’origine de la modification de la pensée

Pour changer de culture, il faut que la réflexion ait subi une modification psychologique induite par de nouvelles informations. De plus, le développement des sciences n’est possible qu’à trois conditions :

1° le besoin, (lié à la modification psychologique induite par de nouveaux évènements).

2° que la réflexion soit rationnelle.

3° que l’on ait du temps à consacrer à la réflexion abstraite logique.

Dans l’histoire de l’humanité, cette modification psychologique historique s’est produite à deux reprises, la 1ère fois entre -5000 et –3400 av. JC., et la 2ème fois après -1347 av. JC. Il est évident que la principale se produisit lorsque l’homo sapiens se rendit compte qu’il existait, c’est d’ailleurs ce qui différencie l’homme des animaux, sans réflexion abstraite il ne peut y avoir de culture. La réflexion instinctive ne peut être maîtrisée que par une réflexion abstraite et la représentation affective ne peut pas naître sans réflexion abstraite.

La réflexion abstraite est parfois soumise à certaines inerties (provoquées par les données de la mémoire affective) que j’aborderai plus loin en détails mais dont je vais donner un exemple.

Prenons une agression verbale (x) dirigée à votre encontre. Plaçons cette information dans la bouche de cinq sujets différents, un passant, un de vos collègues, un de vos enfants, votre épouse ou époux, votre mère ou père. Bien que l’information soit identique, sa perception et donc son interprétation seront différentes en fonction du sujet qui donnera l’information. Nous pouvons donc en déduire que la réflexion dans ce cas n’est pas rationnelle, puisque nous aurons cinq réactions différentes pour une information identique. Vous me direz que le lien affectif est une information, mais une réflexion empreinte d’affectivité n’a aucun intérêt pour la recherche d’un résultat rationnel.

2.2 1ère modification psychologique

Toute communauté dont le nombre d’individus fut supérieur à celui auquel pouvait être lié affectivement un des membres la composant, développa par besoin social et économique (les rapports sociaux étant, en dehors de la cellule familiale, non affectifs) une culture scripturale, fondée sur la protection de l’individu et la sanction de la faute.2

2. La protection de la propriété privée ne se conçoit qu’en dehors de la cellule familiale (en réalité du cercle affectif). Le législateur a prévu des lois en matière de succession, afin de protéger l’individu dans l’éventualité du décès d’un parent qui voudrait pour des raisons affectives déshériter le successeur. L’écriture ne fut créée que dans le but de protéger et de gérer la propriété privée, protection qui ne peut naître qu’en l’absence de lien affectif. La propriété privée existe bel et bien au sein des sociétés orales, ce qui n’existe pas ce sont des raisons de l’acquérir par le vol.

Comme vous pouvez le constater ci-dessous, la déclaration des droits de l’homme de 1789 fut la matérialisation de cet état psychologique et confirme donc le besoin qu’a l’individu (hors cellule familiale) vivant dans ce type de société « non affective » de se protéger du danger potentiel que constitue les autres individus composant cette même société.

(Encyclopédie Universalis V9, auteur : Wanda Mastor)

« Consécration française de la philosophie des droits de l’homme, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen forme le préambule de la Constitution des 3-4 septembre 1791. Votée dès août 1789 par l’Assemblée nationale constituante, « sous les auspices de l’Être suprême », elle est l’aboutissement de la pensée des Lumières, un compromis entre Montesquieu et Rousseau, où triomphe la foi dans la Raison et le progrès, propagée par la franc-maçonnerie au sein des élites du royaume. Ses dix-sept articles traduisent la même conception individualiste des droits, qui avait inspiré, en 1776, la Déclaration d’indépendance américaine.

Les corps intermédiaires – famille, corporations, états et provinces –, sont ignorés. Les droits et libertés y sont reconnus de manière très abstraite, selon une logique universaliste peu soucieuse de la pratique. »

L’homme n’agit que par besoin. La sédentarisation et l’agriculture ont permis une expansion démographique nécessitant la création d’une technique de protection de l’individu, de contrôle et de gestion de la propriété privée : l’écriture. La viabilité d’une culture scripturale n’est possible que par la protection de celle-ci contre l’erreur, la faute et ce quel que soit le domaine, naissance des règles, des codes, des lois.

Débarrassé de la dépendance affective et muni d’un système de contrôle, l’homme peut désormais s’institutionnaliser comme outils de travail dans l’esclavage organisé, la création de la monnaie lui permettra de s’assujettir au travail. Pour penser il faut libérer du temps et l’utilisation de l’homme comme main-d’œuvre (d’abord par l’esclavage) va permettre à l’homme de se consacrer à la réflexion abstraite. 1

1. L’attention au départ centralise les perceptions sensorielles, ensuite (à partir de +/- 30 mois, selon mes développements) elle devra aussi se déplacer sur la réflexion abstraite. Ceci m’a été confirmé lors d’une conférence, sur les fonctions cognitives supérieures, réalisée par Olivier Houde à l’université de tous les savoirs, dont j’ai pris connaissance sur Internet et dans laquelle il dit : « je pense donc j’inhibe » (activer la stratégie abstraite logique inhibe la stratégie perceptive sensorielle et inversement). Exemple : essayez simultanément de réaliser un calcul mental complexe et d’enfiler un fil à coudre à travers le chas d’une aiguille.

Houde, O. (2000) : le développement de l’intelligence chez l’enfant,

http://www.canal-u.tv/auteurs/houde_olivier

Le moteur de l’évolution de la culture scripturale ne peut être qu’une situation d’insatisfaction culturelle permanente (l’angoisse culturelle) donc inconsciemment dangereuse provoquée par l’absence de lien affectif entre les individus, vivant au sein d’une même communauté, et ayant la nécessité permanente de se protéger.

Joseph Schumpeter a approché la solution. En effet, il pressent l’importance du lien affectif dans le processus mental des sociétés « primitives ».

Capitalisme, socialisme et démocratie. Edition 1942, Joseph Schumpeter. 150 et 151.

« Il y a cinquante mille ans, l’homme a affronté les dangers et les chances de son milieu avec un comportement qui, selon certains « préhistoriens », sociologues et ethnologues, équivalait grossièrement à l’attitude des primitifs modernes. Deux éléments de cette attitude sont particulièrement importants à notre point de vue : la na­ture « collective » et « affective » du processus mental des primitifs et, s’y super­po­sant partiellement, le rôle de ce que, faute d’un meilleur terme, j’appellerai la ma­gie. Par « nature collective et affective » je fais allusion au fait que, dans les petits grou­pes sociaux indifférenciés ou peu différenciés, les idées collectives s’imposent d’elles-mêmes à l’esprit individuel beaucoup plus strictement que ce n’est le cas dans les grands groupes complexes: et aussi au fait que ces petits groupes aboutissent à leurs conclusions et décisions par des méthodes qui, au point de vue qui nous préoccupe, peuvent être caractérisées par un critérium négatif : le dédain pour ce que nous appe­lons la logique et, notamment, pour la règle de non-contradiction. En second lieu, j’entends par magie l’emploi d’un système de croyances qui, certes, ne font pas com­plètement abstraction de l’expérience – aucun rite magique ne saurait survivre à une série ininterrompue d’échecs – mais qui insèrent dans la succession des phénomè­nes observés des entités ou des influences émanant de sources non empiriques. La similitude de ce type de processus mental avec ceux des névrosés a été soulignée par G. Dromard (en 1911; son expression, délire d’interprétation, est particulièrement suggestive) et par S. Freud (Totem et Tabou, 1913). Cependant il ne s’ensuit pas qu’il soit étranger au comportement de l’homme contemporain. Bien au contraire, toute discussion politique devrait convaincre le lecteur qu’un groupe étendu de nos processus mentaux, extrêmement important du point de vue de l’action, se range exactement dans la même classe. »

Mais son analyse est erronée : il n’a pas une compréhension exacte de ce qu’est la logique de l’évolution, puisqu’il attribue, par les phrases ci-dessous, le progrès scientifique au système économique capitaliste.

Schumpeter, J. (1961) : Capitalisme, Socialisme, Démocratie, chapitre XI « la civilisation du capitalisme », Bibliothèque économique, Payot, Paris, page 215 et 217.

« Le schéma économique est la matrice de la logique. », « Or, une fois ainsi défini et quantifié dans le secteur économique, ce type de logique ou de méthode de comportement poursuit sa carrière de conquérant, en subjuguant- en rationalisant les outils et les philosophies de l’homme, ses pratiques médicales, sa vision de l’univers cosmique, sa conception de l’existence, en fait tout ce qui le préoccupe, y compris ses notions d’esthétique et de justice et ses aspirations spirituelles.»

Néanmoins Schumpeter a un doute : « Comment se justifie l’existence des rois ou des papes ou des dîmes ou de la propriété ou de la subordination ? »

Contrairement à ce que pense Schumpeter, le schéma économique ne peut être la matrice de la logique puisque sa création fut le produit du développement des sciences au service de l’affectivité. Le profit (élément vital propre à l’existence de toute entreprise et qui constitue une différence donc un déséquilibre (de compensation) entre le prix de la vente, d’un produit et le prix payé pour la réalisation de ce produit), est la matérialisation d’un déséquilibre énergétique venant compenser la potentialité d’un autre déficit énergétique, provoqué par l’absence de lien affectif entre individus vivant au sein d’une même société.

La matrice de la logique et donc de tout progrès scientifique ne peut être qu’une réflexion abstraite rationnelle, dépourvue d’affectivité et donc de toute entrave économique (vous n’êtes pas sans savoir que le frein pour la recherche scientifique est le moyen économique).

Voici donc les 3 conditions nécessaires à l’apparition d’une économie de marché :

1° L’absence de lien affectif entre individus d’une même société.

2° un déséquilibre énergétique permanent entretenu par les besoins vitaux naturels (se nourrir) et ensuite culturel (l’argent). 1

1. Comme vous pourrez le constater dans le livre de Primo Lévi « si c’est un homme ». Dans l’économie concentrationnaire, la monnaie d’échange (le besoin économique culturel) n’est pas nécessaire au bon fonctionnement du marché ni à la cotation en bourse des valeurs, puisque le déséquilibre énergétique permanent était entretenu par l’insuffisance alimentaire.

3° Le monothéisme.

2.3 2ème modification psychologique

Une autre condition sera tout aussi indispensable pour le progrès scientifique. La science doit rendre grâce à Akhenaton (Aménophis IV) XIV siècle av. JC ; en effet il réforma le culte et instaura le monothéisme, momentanément pour son époque mais durablement pour l’histoire.

Le monothéisme permit à l’homme de rompre le lien affectif à la nature qu’entretiennent encore aujourd’hui les civilisations à culture orale d’Amérique ou d’Afrique. Ce lien fut présent aussi dans l’Égypte antique (dans laquelle les divinités ont une apparence humaine mais représentent des formes diverses tel que : homme, femme, chien, cobra, lotus …). 2

2 La force du lien affectif est qu’il confère, inconsciemment au travers du besoin de l’autre, le pouvoir à l’autre de prendre une décision nous concernant et cela parfois en dépit de toute rationalité et du respect de toutes règles morales (Exemple : le comportement passif voir actif des épouses de criminels tel que Dutroux et Fourniret). S’opposer à l’autre c’est aussi s’opposer à soi-même et cela est inconsciemment insatisfaisant (source d’un déficit affectif, d’une angoisse) donc potentiellement dangereux. Evidemment vous aurez compris que pour expliquer «la subordination », le besoin et notamment l’alimentaire est amplement suffisant.

André Gorz. Métamorphoses du travail. Quête du sens, page 143

La quantification faisait surgir un critère irrécusable et une échelle hiérarchique qui n’avaient besoin d’être validés par aucune autorité, aucune norme, aucune échelle des valeurs. L’efficacité était mesurable et, à travers elle, la capacité de l’individu, sa vertu : plus vaut plus que moins, celui qui réussit à gagner plus vaut mieux que celui qui gagne moins. »

Léonard de Vinci, L. (1987) : les carnets de Léonard de Vinci, Tome 1, feuillet B13 v. Collection Tel, Gallimard. Page 128, 129.

« En effet, l’homme ne diffère point des animaux, sauf en ce qui est accidentel, et c’est en cela qu’il révèle sont essence divine ; car au point où la nature s’arrête de produire ses espèces, l’homme avec les choses naturelles, crée à l’aide de cette nature une variété infinie d’espèces, et comme elles ne sont point nécessaire à ceux qui se gouvernent justement, comme les animaux, il n’est point dans la disposition de ceux-ci de les rechercher. »

Léonard de Vinci de Vinci, L. (1987) : les carnets de Léonard de Vinci, Tome 1, feuillet B 2 v. Collection Tel, Gallimard. Page 85.

« L’idée ou la faculté d’imaginer est à la fois gouvernail et frein des sens, dans la mesure où la chose imaginée émeut le sang. »

Nous pouvons donc en déduire que le lien affectif peut interférer dans la réflexion et freiner la rationalité, donc le progrès scientifique et que l’absence de lien affectif peut aussi interférer dans la réflexion inconsciente (par l’angoisse potentielle que peut constituer l’absence ou la perte du lien affectif) et représenter un frein pour la création d’une société équitable ayant pour but un équilibre énergétique global, donc soucieuse de l’environnement.

(Pascal, pensées)

« Il ne faut pas qu’il sente (le peule) la vérité de l’usurpation : elle a été introduite autrefois sans raison (l’absence de lien affectif entre individus d’une même communauté), elle est devenue raisonnable (nécessité de protéger l’individu); il faut la faire regarder comme authentique, éternelle, et en cacher le commencement (on ne peut cacher quelque chose que l’on ignore) si on ne veut qu’elle ne prenne bientôt fin. »

Comme vous pouvez le constater ci-dessous, pour la réflexion rationnelle le frein est l’être humain lui-même au travers de l’affectivité, puisque l’homme depuis le moment où il sait qu’il existe doit en permanence demander l’avis sur ce qu’il pense à quelqu’un qu’il aime, c’est-à-dire lui-même (deux informations associables).

(Encyclopédie Universalis V9, Pierre Costabel)

« Galilée est néanmoins convaincu de la position centrale du Soleil, et il publiera en février 1632 à Florence le Dialogo [...] sopra i due massimi sistemi del mondo, tolemaico, e copernicano (Dialogue sur les deux grands systèmes du monde), un excellent ouvrage de vulgarisation qui met à mal les doctrines d’Aristote sur le mouvement et la physique. Galilée sera cependant obligé d’abjurer la doctrine héliocentrique : le 22 juin 1633, le Dialogo sera condamné par le Saint-Office. Plus de cent ans après, cette doctrine n’était pas encore totalement acceptée par l’Église. Galilée ne sera réhabilité, par le pape Jean-Paul II, que le 31 octobre 1992. »

2.4 Conclusion

Freud, S. (1926) : Le malaise dans la culture, Œuvres complètes, Presses universitaires de France (1999) Vol. XVIII, p. 283.

« Une bonne part de la lutte de l’humanité se concentre sur une seule tâche, trouver un équilibre approprié, c’est à dire porteur de bonheur, entre ces revendications individuelles et les revendications culturelles de la masse; un dès problème qui engagent le destin de l’humanité est de savoir si cet équilibre peut être atteint par une configuration déterminée de la culture ou si le conflit exclut toute réconciliation. »

Cette nouvelle configuration culturelle devrait nous permettre d’éradiquer toutes formes de discriminations non naturelles (en réalité tous les déficits affectifs angoissants) et par conséquent tout type de protection qu’elle soit économique, culturelle, ou psychique, facteurs à l’origine des conflits visant à rétablir l’équilibre énergétique.

De Vinci, L. (1987) : les carnets de Léonard de Vinci, Tome 1, C.A. 288 V.a. Collection Tel, Gallimard. Page 94.

« L’inégalité est la cause de tout mouvement local. Il n’est point de repos sans égalité. »

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